" La ville d'Axoum (Aksum serait plus juste pour retranscrire l'amharique), dans le nord de l'Ethiopie, fonde beaucoup d'espoirs sur le prochain retour de l'obélisque volé en 1937 par l'Italie mussolinienne, et que Rome a enfin accepté de restituer, pour développer son secteur touristique et sortir ses habitants de la misère.
On y est toutefois conscient que les tensions persistantes entre l'Ethiopie et l'Erythrée, dont la frontière n'est qu'à un peu plus de 100 kilomètres, sont un obstacle majeur à l'afflux des visiteurs.
A Rome, devant le siège de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), l'obélisque, stèle funéraire haute de 24 mètres et pesant quelque 160 tonnes, a déjà été tronçonné. Mais le transport, prévu par avion, pose de gros problèmes techniques, et a pris du retard. On l'attendait initialement à Axoum pour janvier.
"J'espère que cela va augmenter le nombre de touristes étrangers et éthiopiens" et générer revenus et emplois supplémentaires, explique l'administrateur adjoint de la zone d'Axoum, Berhane Hailu.
Dans cette ville de quelque 40.000 habitants, sur des plateaux brûlés par le soleil, le tourisme et l'agriculture de subsistance constituent les principales ressources.
Chaque année, quelque 5.000 touristes, essentiellement européens, viennent visiter les vestiges de la civilisation d'Axoum qui, du IIIème siècle avant Jésus-Christ au VIIIème siècle, a rayonné sur la région, entretenant des relations avec les plus grandes puissances de son temps.
"Je ne suis pas en train de dire que l'obélisque va résoudre tous les problèmes. C'est une partie de la solution mais pas la solution", tempère M.Berhane. La guerre meurtrière entre Ethiopie et Erythrée, entre 1998 et 2000, avait complètement "anesthésié" le secteur touristique, rappelle-t-il. Et il est encore difficile d'attirer les investissements étrangers tant que ces tensions ne se sont pas apaisées, admet-il encore.
Les autorités éthiopiennes comme la Banque mondiale sont toutefois prêtes à développer les infrastructures afin d'attirer les visiteurs et fournir des emplois à la population, assure Fisseha Zibelo, responsable de la Commission touristique d'Axoum.
La rénovation du site actuel, où s'élève notamment un obélisque quasi-identique à celui de Rome, et la création d'un vaste atelier d'artisanat sont prioritaires, depuis que le gouvernement italien de Silvio Berlusconi a donné son feu vert en 2002 à la restitution du "trophée" mussolinien.
Et M. Fisseha ne veut surtout pas entendre dire que le monument sera moins bien protégé que dans la capitale italienne. "J'ai été à Rome et j'ai vu qu'il avait été endommagé par la pollution", et en 2002 par la foudre, témoigne-t-il. "Nous avons ici le même obélisque, nous savons comment nous en occuper", insiste-t-il. A Axoum, en effet, les monuments sont dans un état de conservation étonnant, en raison notamment de l'absence de pollution et d'un climat sec.
Dans la vieille ville, dans la cour d'une maison, entouré de turbulents enfants en guenilles, un groupe de femmes pile des épices et du blé pour préparer l'"ingera", la galette constituant le plat de subsistance de la majorité des Ethiopiens. Pour elles aussi, le retour de l'obélisque est une bonne nouvelle. "C'est bien. Plus de touristes viendront. Et nous pourrons vendre notre production aux restaurants", se félicite Hadas Gebre Zgabire, 70 ans, entourée de ses ouvrières.
Megash Matewos, 18 ans, uniforme bleu et sandales, revient de l'école. "On pourra faire des cadeaux pour les touristes", assure-t-il. Mais son rêve, confie-t-il, n'est pas de vendre des babioles aux étrangers. Il veut devenir "professeur ou médecin". Avec ou sans obélisque. "
Dépêche AFP du 27 février 2004 ::